28.04.2006

L'auteur s'asseoit où dans l'histoire?

Qui raconte l'histoire?

Habituellement, la narration utilise le "je" ou le "il / elle", plaçant dans le deuxième cas, l'auteur dans une situation admise de démiurge. S'il ne participe pas à l'histoire, il la maîtrise et la mène en toute transparence.
C'est une forme que je n'ai jamais su utiliser.

Il existe d'autres formes de narration utilisant le "tu" (employé tout récemment et avec le succès qu'on lui connait par Nicolas Fargues), ou le "vous" (avec une mention spéciale pour La modification de Michel Butor)

Dans mon premier roman, La véritable histoire de mon père, le récit est raconté à la deuxième personne du pluriel: "Et vous avez commis l'irréparable".
Cette forme très particulière s'est imposée à moi comme une nécessité. Elle trouve par ailleurs une justification dans le coup de théâtre final.

Pour "Heure et jour", la nécessité qui m'habite de vivre les personnages de l'intérieur m'a d'abord conduit à employer le "je". Mais alors comment être dans la peau de chaque personnage ?
En les faisant raconter chacun leur vision des évènements dans des chapitres "cahier" distincts les uns des autres -autant de cahier que de personnages.

Tout en gardant le "je" de celui qui parle, j'ai contourné la répétition en employant le "tu" - Alexis raconte son histoire en s'adresant à son père. Camille utilise le "je". Aurore emploie le "il" s'adressant à un interlocuteur fictif, peut-être elle-même.

Mais mon éditeur m'a suggéré de casser la structure des cahiers, et il a fallu trouver autre chose...

Le corps d'Antoine

La modification d'Antoine influe sur l'ensemble du récit et des personnages, surtout Camille avec qui il forme un pendant dans sa relation au corps.

Le travail sur le corps d'Antoine

Hypothèse 1 : Antoine reste gros, mais d'une obésité assumée, voire sensuelle qui séduit Camille. On n'a plus donc d'opposition un peu simpliste entre riche et pauvre, laid et belle mais le récit d'une attirance qui passe à travers les classes sociales. Thème assez contemporain mais qui ne m'intéresse pas.

Hypothèse 2 : le corps d'Antoine se banalise. Mais alors que devient le personnage dont le corps participait à la psychologie?

Hypothèse 3 : le corps d'Antoine est celui d'un sportif, un de ces coursiers comme on les voit à Londres. Ca devient un personnage assez neutre, sans impact sur la vie des autres personnages, mais qui développe sa propre histoire: celle d'un père qui voudrait passer les épreuves du triathlon de Hawaï avec son fils handicapé (d'après une hisoire vraie qu m'a marqué).
Le thème est intéressant : il fait pendant à La véritable histoire de mon père dans le sens où, cette fois-ci, le père sauve l'enfant, et il y a des possibilités très riches de relations intenses entre le corps de l'enfant handicapé, et celui du coursier / père, qui le porte.
Mais comment faire tenir cette sous histoire dans les 3 jours de la narration?
Samedi : le coursier amène le pli
Dimanche : il se prépare à l'épreuve
Lundi : il participe à l'épreuve
Le lien avec les autres personnages devient désormais le thème du corps et celui de l'eau - une des épreuves du triathlon.
Trop compliqué et déconnecté de l'histoire...

Antoine : un personnage récurrent

Dans la première version, Antoine est un coursier obèse, revanchard et complexé.
Il se cherche une place en sociale en entrant chez les gens riches et en espérant y rester. Mais il se fait mettre dehors avec pertes et fracas par Ange.

Entre temps, il aura quand même réussi à troubler Camille avec qui il aura une brève liaison d'une nuit.
Le cahier (voir autre note) commence à son arrivée dans la famille et se termine au moment où il est mis à la porte. On n'a pas sa version de la nuit avec Camille.

Télécharger ici son cahier complet au format word antoine.doc

Antoine est au final assez proche de la caricature, "je suis un gros lard qui fait du lard". L'opposition pauvre / riche est également peu originale.

Le personnage de l'homme qui ne trouve pas de place dans la société est récurrent dans mes récits (aboutis ou non). C'était le personnage principal d'un premier roman non publié et, d'une certaine manière, du frère d'Hélène dans La véritable histoire de mon père. (le personnage a été supprimé dans la version définitive).

Que ce type de personnage soit systématiquement supprimé des récits est symptomatique, à mon sens. Au final, je suis beaucoup plus à l’aise avec les personnages brillants – ou supposés comme tel – qui chutent, qu'avec des personnages en difficulté.

Je ne sais pas maîtriser les personnages affaiblis ou dépendants, sans tomber dans la caricature.

27.04.2006

Les modifications demandées

Les modifications demandées portent sur les personnages et la structure du récit.
Sur la structure du récit, la division en chapitres est jugée trop "enfermante" coupant probablement les possibilités de croisement entre les personnages.
Ce qui est vrai, le personnage n'a plus la possibilité de prendre la parole une fois son cahier terminé. Parfois il aurait pu en dire plus, et le lecteur reste sur sa faim. Parfois l'équilibre des divisions fait que l'écriture a tendance à remplir l'espace à vide.
Cependant, la division en cahiers avait comme intérêt de définir des histoires "totales" à l'intérieur d'une histoire globale.
Les personnages sont globalement appréciés par l'éditeur à l'exception d'Antoine qui est jugé trop caricatural (voir la rubrique "les personnages"

Le travail porte donc sur une refonte structurelle totale du récit, un travail très risqué et la métamorphose du coursier obèse, Antoine.

Les personnages dans leur état d'origine

Ange, 54 ans pourrait être un ami de Simon. Mais sa réussite n’est pas emprunt d’égoïsme.
Sophie, sa femme est une grand-mère élégante et aimable, quoique effacée.
Pierre, leur fils aîné de 34 ans, environ est une copie de son père dans les pas duquel il avance – vite.
Camille, son épouse, très travaillée par son corps qui ne correspond pas du tout à sa tête : une sirène à tête de chien.
Alexis, fils second, d'une trentaine d'années complètement dépassé, et par sa femme, très enceinte et par son travail.
Amélie, enceinte donc, il semble qu’il n’y ait que ça qui compte aujourd’hui pour elle
Guillaume, le dernier des garçons qui a quelque chose à raconter manifestement. Une vingtaine d'années environ

Antoine, le coursier obèse qui cherche à se venger de son état socila et physique
Aurore, la blonde des histoires, qui danse autour d’un bâton dans un bar près des Champs
Solal, le copain médecin d'Ange

26.04.2006

Le récit tel qu'il était à l'origine

L’histoire : une famille aisée dans un arrondissement chic de Paris fêtant à la fois l’anniversaire du père, 54 ans, et un mystérieux « big deal ».
Mais un coursier dépose un pli et le père disparaît sans aucune explication.
Les membres de la famille, vont alors vivre, chacun à leur manière, une aventure provoquée par la disparition du chef de famille.

C’est un livre court, comme le précédent, divisé en chapitres courts également.
Sa particularité par rapport à « La véritable histoire de mon père » tient à la technique narrative. Cette fois-ci, la division est proposée en « cahiers » à l’intérieur desquels chaque personnage s’exprime, donnant sa version des évènements.

Je vous propose de télécharger au format pdf la première version du récit proposé à mon éditeur : 2005-11-21_joursetheures.pdf (480 ko)

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