28.07.2006

Fin de la première journée

C’est la fin de la première journée. Initialement, le récit se déployait sur 3 jours, samedi, dimanche, lundi, mais le dimanche me posait un peu problème. Jour inactif, je devais faire traîner un peu les histoires, en inventer des périphériques, pour les faire tenir jusqu’au lundi.
J’ai finalement décidé de supprimer la journée de dimanche – on suppose qu’il ne se passe rien de suffisamment intéressant pour être raconté - , les personnages se réservant pour le lundi, deuxième partie du récit.
C’est Sophie qui ferme la boucle, clôture qui devrait trouver un écho dans le tout dernier chapitre. A ce stade du récit, on ne sait pas ce que Gabriel est venu annoncer, ce qui entretient, j’espère le suspens. Il y a une rupture dans le présent narratif, car Sophie est celle qui raconte après.


Sophie


C’était une jolie maison ouverte sur un jardin où jouaient les garçons : pas de poupées, ni de berceaux, mais un ballon, des pistolets et des camions ; de beaux enfants si l’on n’était pas gêné par leur apparence stéréotypée de petites gravures de mode.
Nous étions tous à l’intérieur, sauf Camille qui se tenait sur le perron, s’adressant à l’un de ses enfants, disant :
- Est-ce que tu comprends ce que je viens de te dire, ou bien il va falloir que je te le répète encore une fois ?
Face à elle, son garçon paraissait presque anormalement petit, comme dans un dessin de Sempé où les enfants tiendraient dans la poche d’un adulte.
En apparence, dans la salon, chacun semblait occupé à une tâche qu’il s’était ou qu’on lui avait attribué : mettre le couvert, ranger les verres, ouvrir les bouteilles, apporter la chaise qui manque…
Et puis, un premier éclat de voix venant du bureau de Jean, de l’autre côté du hall, a fait que chacun s’est interrompu, sans vouloir cependant montrer aux autres qu’il a entendu, lui aussi, un cri, quelque chose comme une insulte, ou un ordre.
Mais ça n’a pas duré, et l’activité a repris en silence, presque, si ce n’est ma voix, parlant doucement à Amélie, de son bébé, de la meilleure place assise pour elle et de la chaleur.
Et puis s’est revenu, de manière tout à fait audible cette fois-ci, tout le monde a entendu mon Jean dire : « Sors de chez moi ! Sors de chez moi immédiatement ! ». La porte du bureau s’est ouverte.
Bien sûr, ça ne regardait personne cette dispute-là. C’était une affaire privée entre Jean et son invité – coursier, ami de toujours, vieux fou, amant déçu… chacun s’était fait son idée sur le personnage. Quand bien même ! Toutes les têtes se sont tournées vers le hall, et tous les yeux ont vu passer ce couple étrange, formé des deux amours de ma vie, l’un poussant l’autre qui traînait des pieds en disant « Écoute-moi ! Je te comprends, mais écoute-moi ! »
Mais la voix de Jean maintenant qu’on ne les voyait plus, qu’ils étaient dans le jardin, la voix de Jean qui continuait, furieuse : « Sors de chez moi ! Tu entends ? Et ne reviens jamais ! »
Gabriel traversa le jardin, sous les yeux des enfants et ceux de Jean, qui était resté sur le perron. Puis il a attrappé son vélo, ouvert la grille et est sorti, ayant pris soin de la refermer derrière lui.
Il était treize heures, presque.
Pierre est revenu vers nous, s’est servi une coupe de champagne et a porté un toast en disant : « Au big deal, donc ! »

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