27.11.2006

Aurore au Boobies

Voici donc Aurore retravaillée. Ce n’est plus la jolie blonde qui danse autour d’un bâton, mais une post-trentenaire vraiment très seule qui espère bien faire la rencontre décisive. Voilà Jean, justement.
Elle raconte sa version de l’histoire à Alexis qui est présent lui aussi et qui attend Camille, comme on l’apprendra plus tard…




Aurore

C’est une histoire d’amour. Prends-le comme tu veux, mais pour moi c’est ça.
Je t’ai vu entrer au Boobies, laisser ton casque au vestiaire, draguer la fille aux gros seins, puis te frayer un passage jusqu’à ta table marquée « Réservée ». Elles étaient toutes là à te regarder.
J’avais envie de leur foutre des claques, de leur dire, aux pétasses, qui tu es vraiment. Mais tout le monde s’en fout ici.
Tu ne m’as pas regardée. Je ne sais même pas si tu m’as vue ou si tu as fait semblant de rien. D’habitude, j’ai droit à un petit geste de la main, parfois même à la bise, quand il n’y a pas trop de monde.
Pourtant, je n’étais pas difficile à repérer, à ma place, au bar, toujours dans les premières, parce que le Boobies est à deux pas de mon bureau et que je n’ai rien d’autre à faire que de venir là le soir.
J’avais fini de manger. J’en était à la picole, un mojito que je faisais traîner, vu le prix, buvant l’eau des glaçons, mâchouillant les feuilles de menthe. C’était la fille sympa au bar, Maria, tu vois qui je veux dire ? La petite brésilienne, impossible que tu ne l’aies pas repérée. On se connaît un peu, on papote entre filles, parfois. Elle est gentille. Elle me fout la paix. Pas comme l’autre, Manuel, qui me pique mon verre à la dernière gorgée et m’oblige à en reprendre un autre si je veux rester. Merde ! Avec tout le fric que je leur laisse ! Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre ! Maria me dit qu’il se tape le patron. Moi, le patron, je ne l’ai jamais vu. Je ne sais même pas qui c’est.
Je te regardais en douce qui essayais de te donner de la prestance avec ton portable à deux balles, à faire le coup du gars qui arrive à capter au Boobies. Le genre du truc qui impressionne les filles de dix-sept ans. Bravo Alexis ! Quelle maturité ! Je te rappelle que tu en as trente et un.
Tu attendais quelqu’un, manifestement, sinon tu n’aurais pas réservé une table. Du gros poisson, certainement, pingre comme tu es.
J’ai essayé de trouver sur toi quelque chose qui te desservirait. Un genre d’évènement qui n’arrive qu’au mec et qui leur colle les boules. Je ne sais pas. Tu pourrais te mettre à grossir, prendre des rides, perdre tes cheveux, être obligé de porter des lunettes. N’importe quoi qui montrerait que tu n’es plus de la viande tout à fait fraîche. Il faudrait qu’une fille t’envoie chier parce qu’elle te trouve trop vieux. Que tu vives ce que je vis, moi, qui ai passé la limite, trente-quatre ans, je suis périmée.
Ça t’a amusé au début, je crois, cet écart d’age entre toi et moi. Sortir avec une fille plus vieille que soi. Un fantasme de mec à vivre une fois dans sa vie. Mais ça fait deux ans. Quel age a ta femme ? Et tes gosses ?
Et puis ta poule est arrivée. Une grande sauterelle du même genre que toi. Pas une gamine, pour une fois, une femme. Le genre de consultante qui pullule dans le coin, c’est le quartier qui veut ça. Où est-ce que tu l’avais trouvé celle-là ?
Vous n’aviez pas couché ensemble encore. Ça se voyait. Elle s’est assise un peu loin de toi, comme ça. Il fallait que tu l’apprivoises.
Non. Ce n’était pas un renard, et tu n’es pas le Petit Prince. Tu allais faire comme avec moi, le gars un peu blasé, distant, intrigant, mystérieux. Et c’est elle qui devra s’y coller, pour savoir qui se cache derrière ce gars blasé, distant, intriguant, mystérieux.
Alexis ? Un homme de paille, un salaud, une chiffe molle, un homme quoi !
Ensuite, je vous ai perdus de vue, à cause de la foule et j’ai recommencé à déprimer, cherchant le courage de partir pour ne plus jamais revenir. Quitter le Boobies, mon job, Paris, partir ailleurs, n’importe où, faire autre chose.
Et puis j’ai commandé un autre Mojito. Et comme c’était Maria, j’ai eu droit à plus d’alcool et moins de sucre.
J’avais peur de rentrer chez moi, de trouver l’appartement exactement tel que je l’avais laissé ce matin, le bol dans l’évier, le paquet de Krisprolls, les miettes, la cafetière à vider. Les copines pensent que j’ai un mec. Quand elles m’appellent et ne me trouvent pas. Je me la joue mystérieuse, je dis : « Un mec ? Un seul ? » Et elles me croient, parce que je suis fine et que ça leur semble être une raison suffisante pour avoir son homme à soi.
Voilà, ça aurait pu durer comme ça encore une bonne heure – les mecs qui matent, soupèsent, évaluent, et puis qui se rabattent sur autre chose. Il n’y avait aucune raison que ça s’arrête, sinon que je dise stop.
Et toi, qui roulais une pelle à ta copine !
Mais Jean est arrivé.
De ma place stratégique, je vois tout ce qui entre et tout ce qui sort. J’en étais à sucer le bord de mon verre quand on a entendu du grabuge dans l’entrée : trois types, dehors, qui se prenaient la tête avec le videur. Le gars leur refuse l’entrée parce qu’ils sont ivres. Les vieux essayent de négocier : « Ça serait vraiment bête de finir la soirée comme ça, disaient-ils, sur un échec, alors qu’on a tant de chose à fêter et d’argent à dépenser ! ». C’est vrai : il n’y avait qu’à voir leurs costumes, leurs chaussures, leurs coupes de cheveux. Ça puait le fric. Ils venaient peut-être chercher leurs gamins, qui sait ?
Parce que si c’est pour draguer, les vieux, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de la concurrence ici ! C’est quand même « le » QG des plans Q pour gosses de riches. Y en a des fils à papa en SLK, en mini Porsche, les poches pleines de poudre, qui ont leurs entrées à peu près partout, y a qu’à claquer des doigts, c’est pas des laborieux comme vous trois, les gars !
Et ils insistaient !
- Comment peux-tu ne pas nous laisser rentrer ?
- Parce que vous êtes ivres !
- Si c’est du fric que tu veux, prends les billets et laisse nous entrer !
Mais le videur ne voulait pas de leurs billets, ni qu’on le tutoie.
Ça chauffait un peu, jusqu’à ce qu’un type les rejoigne de l’intérieur, parle un peu avec le videur, et finisse par les faire rentrer.
Évidemment, Jean m’a tout de suite tapé dans l’œil. Tu devines pourquoi.
Ils ont obtenu une table assez facilement, pas très loin de moi, je ne sais pas comment ils ont fait.
Ils ont chopé deux filles, deux pétasses, et comme il en manquait une, ils ont fait appel à moi, m’ont invité à m’asseoir avec eux, à partager leur bouteille de champagne. J’ai dit oui.
Je ne sais pas comment on est venu à parler de mon age, mais ça m’a libéré. Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas eu à mentir, à tricher, j’ai dit la vérité, ça m’a fait un bien fou, je me sentais en sécurité.
Jean a hoché la tête, et il a dit :
- Trente-quatre ans, le bel age, ça nous fait tout juste vingt ans d’écart. Je viens d’avoir cinquante-quatre ans.
J’étais pas périmée pour lui.
Je crois qu’il voulait continuer, qu’il avait plein de choses à me dire, tu aurais vu ses yeux ! Mais ses associés ont levé leurs coupes en gueulant : « Au big deal ! ». Et on s’est tous senti obligé de reprendre : « Au big deal ! »

Commentaires

Moyennement convaincue. Celle-là est un peu caricaturale. Je crois qu'il faudrait un efrustration un peu moins apparente, elle n'en serait selon moi que plus convaincante. C'est un peu le reproche général que je peuc vous faire.

Ecrit par : Irrlichter | 02.12.2006

Oui.... j'ai un problème avec Aurore, que je n'ai pas encore trouvée.
Après "la fille qui danse autour d'un bâton", "la trentenaire urbaine", toutes deux caricaturales, moi je les qualifie de "molles". Quand je me relis, je trouve cela "mou"
Pourtant Aurore est un personnage pivot, celle qui accompagne Jean lorsqu’il prend sa décision, celle qui lui fait passer la nuit.
Peut-être sont-ce les situations qui ne conviennent pas, la boîte, la promenade dans Paris… Peut-être faut-il tout revoir.
Il est 5h30, je m’y remets…

Ecrit par : Nicolas | 02.12.2006

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