31.03.2007
Ecrire à la main, suite
Pour continuer cette réflexion concernant l’écriture manuelle vs l’ordinateur, je me suis aperçu que j’avais inconsciemment utilisé deux supports papier différents, selon les contenus que j’y écrivais.
Sur un grand cahier comptable, austère, à la couverture solide, au papier épais, la structure du récit, le caractère des personnages, la chronologie, les motivations profondes… Et sur un bloc souple au papier de mauvaise qualité, l’écriture comme elle vient, l’écriture gommée, barrée, reprise, vivante et en mouvement.
Comme si, finalement, le type d’écriture avait besoin d’un support qui lui soit propre.
Je ne me verrais pas définir la structure et les schémas du récit sur un support qui ne me semble pas permanent (le bloc note en papier recyclé). Mais, de la même manière, je ne me verrais pas utiliser un livre rigide, un cahier comptable fait pour durer avec des textes finalement éphémères.
Donc, il y aurait finalement trois supports. Deux « permanents », l’un supportant la structure du récit, que je vais garder comme référent (le cahier comptable) et l’ordinateur* comme garant de la version définitive.
Et entre ces deux supports "permanents", un brouillon informe et inutilisable après-coup, que je conserverai sans doute aussi, mais par pure coquetterie d’auteur…
En conclusion, ce récit, « De manière à connaître le jour et l’heure », m’aura réconcilié avec mon écriture manuelle, ce qui est, bien évidemment, riche de sens.
* Ecrire sur ordinateur, finalement, c'est déjà être dans un processus de socialisation de l'écriture. En formalisant son écriture avec l'ordinateur, on désire explicitement être compris. L'écriture manuelle, c'est surtout un échange avec soi-même.
18:12 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : récit, écrire à la main, roman
16.03.2007
Peut-on illustrer un roman?
J’ai cette théorie, qui en vaut bien une autre, selon laquelle la place de la description dans un roman peut aller en s’amenuisant de par le fait même que toutes les images nous sont désormais accessibles à tout moment.
Pourquoi alors décrire un lieu que tout le monde connaît ? N’est-ce pas alors tomber dans un « lieu commun » ?
Non, parce que c’est éminemment le travail de l’écrivain de donner à voir ce lieu d’une manière différente.
Mais je n’ai pas ce talent ou cette prétention. J’aime assez l’idée que quelques mots suffisent à reconstituer un environnement dans l’esprit du lecteur d’autant plus facilement qu’il n’a qu’à piocher dans ses images personnelles.
Par exemple, dans mon roman précédent, la description de la maison est réduite en une « maison dévorée par la vigne vierge », où la virginité de la vierge est évidemment symbolique.
Dans « Jour et heure », il s’agit encore d’une « jolie maison derrière une grille » à laquelle on accède par « une allée privée ».
Cette maison et cette allée existent probablement quelque part dans Paris mais je ne me suis pas servi de la réalité, mais plutôt d’un montage personnel.
En revanche, la grande plage de Saint-Lunaire, les villas qui la bordent existent bel et bien, au point que je me suis demandé s’il fallait nommer le village, et donc ancrer le roman dans le réel ou bien parler « d’un village en Bretagne ». Dans la mesure où je parlais de Paris, il m’a semblé nécessaire de nomme Saint-Lunaire. On sort donc d’une fiction complète, de personnages et de lieux totalement inventés pour un compromis, une fiction dans des éléments de réalité.
J’ai, à ce titre, eu droit à de vives remontrances pour avoir montré quelque part sur ce blog un hôtel dans lequel se passait une scène très crue entre Pierre et Aurore, scène supprimée finalement. Remontrances parce que le lieu était tourné en dérision par Aurore (ce qui est une forme déguisée de description), remontrances parce que le caractère « sacré » du lieu lorsqu’il est vécu comme histoire personnelle était montré à tout le monde.
On veut bien lire la scène, mais surtout pas savoir où ça se passe… en vrai.
Dans la version finale, il y a toujours un hôtel, mais qui n’est pas du tout décrit, qui pourrait être n’importe lequel de ceux dans lesquels nous avons tous séjournés un jour.
Le média Internet permet cependant d’illustrer le récit.
Ce genre de procédé ne trouvera, à mon avis, aucun défenseur parmi les lecteurs : personne ne voudra voir le lieu tel qu’il est, au travers d’une photo par exemple ou d’un film, avant d’avoir lu le livre. Le lecteur voudra être vierge de toute image imposée.
Pourtant, j’ai très envie de montrer sur ce blog les lieux réels, pour dire, « Voilà, c’est là », ce que je ne veux pas faire par écrit… Paradoxe.
De même, il est question quelque part dans l’ouvrage de « L’offrande musicale » de Bach. Je pourrais la proposer en écoute ici. A écouter avant ou après lecture. Cela semble moins impertinent de mettre de la musique que des images.
Si je vous montre le petit film que j’ai fait de Saint-Lunaire, un genre de film de vacances sans aucune intention, je donne encore une image déformée de ce qu’est Saint-Lunaire. Parce que Saint-Lunaire n’est pas ce que je montre sur le film, ni ce que j’en dis dans le livre.
Alors mieux vaut ne rien montrer et vous laisser imaginer ? A moins que vous connaissiez déjà le lieu. Allez-vous vivre l’histoire plus intensément parce que vous connaissez le lieu ? Si vous répondez oui, j’ai très envie de montrer ce film alors, pour mettre les autres lecteurs sur un pied d’égalité…
Mais la musique. Il n’y a pas d’interprétation possible. Si vous n’aimez pas le classique, ou Bach, vous allez vous figurer une espèce de musique d’église. Si je vous la donne à écouter, cela devient factuel. Voilà, l’Offrande musicale, c’est ça. J’ai souvent lu des critiques de lecteurs qui se plaignent, à juste titre, d’être un peu désarçonnés par les références musicales qu’ils auront trouvées dans le livre. On pourrait citer Alejo Carpentier, dans « Partage des eaux » dont la longue introduction demande de sérieuses connaissances musicales. Aurait-il dû les faire écouter sur son blog ?
Ce pourrait également être une expérience à tenter : montrer toutes les images du livre avant lecture, comme lorsque l’on va voir le film avant de lire le livre (qui marche quand même beaucoup mieux dans ce sens-là que dans l’autre).
Après avoir lu, puis vu « Affliction » de Russell Banks, je ne peux plus séparer la figure de Nick Nolte du personnage de Wade Whitehouse ce qui n’est pas si mal en définitive, parce que le personnage me semble encore plus vivant.
12:18 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : récit, roman, illustration, fiction
14.03.2007
Le texte est terminé
Il est évident que ce long silence a quelque chose à voir avec le post précédent, comme si une rupture s’était faite avec ce blog à partir du moment où j’ai repris l’écriture manuelle.
Pendant ces quelques semaines de travail intensif, il ne m’a pas du tout semblé naturel de rendre public mes écrits, quand bien même, ce que j’écrivais à la main, je le recopiais sur mon ordinateur. Il semblerait que, tout se passe comme si l’écriture sur ordinateur abolissait la frontière entre privé et public. Avoir son texte sur son écran et le passer sur internet, la différence semble mince.
Mais en écrivant à la main, la frontière se reconstruit. L’écriture devient plus intime, ne souffre pas d’être morcelée. La concentration semble plus grande, l’écriture moins dispersée.
C’est aussi le risque de l’écriture à la main qui prend son temps d’avantage, non pas mécaniquement, mais parce que j’ai eu tendance à considérer la phrase de manière graphique, à la gommer pour y faire des trous, juste retour du refoulé peut-être, d’une écriture sur ordinateur où le texte est cadré et encadré, où la masse des mots est à peu près égale partout.
Le texte est terminé. Il sera envoyé sous peu, après les dernières corrections orthographiques.
S’il est accepté, ce blog prendra fin après un an d’existence.
17:24 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, roman, ecrire à la main, robert laffont
