30.08.2007
Bonjour et bienvenue sur ce blog
11:17 Publié dans A LIRE EN PREMIER | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livres, rentrée littéraire, laffont, cauchy, écrivain, écriture
14.03.2007
Le texte est terminé
Il est évident que ce long silence a quelque chose à voir avec le post précédent, comme si une rupture s’était faite avec ce blog à partir du moment où j’ai repris l’écriture manuelle.
Pendant ces quelques semaines de travail intensif, il ne m’a pas du tout semblé naturel de rendre public mes écrits, quand bien même, ce que j’écrivais à la main, je le recopiais sur mon ordinateur. Il semblerait que, tout se passe comme si l’écriture sur ordinateur abolissait la frontière entre privé et public. Avoir son texte sur son écran et le passer sur internet, la différence semble mince.
Mais en écrivant à la main, la frontière se reconstruit. L’écriture devient plus intime, ne souffre pas d’être morcelée. La concentration semble plus grande, l’écriture moins dispersée.
C’est aussi le risque de l’écriture à la main qui prend son temps d’avantage, non pas mécaniquement, mais parce que j’ai eu tendance à considérer la phrase de manière graphique, à la gommer pour y faire des trous, juste retour du refoulé peut-être, d’une écriture sur ordinateur où le texte est cadré et encadré, où la masse des mots est à peu près égale partout.
Le texte est terminé. Il sera envoyé sous peu, après les dernières corrections orthographiques.
S’il est accepté, ce blog prendra fin après un an d’existence.
17:24 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, roman, ecrire à la main, robert laffont
18.01.2007
Jean, l'homme qui aurait construit sa maison sans imaginer y habiter...
J’ai finalement trouvé la clef du personnage de Jean, la dernière qui me manquait.
J’aurais mis deux ans… Alors même que l’idée de ce livre tourne autour de ce personnage. Mais, comme je le pressentais dans le billet du 11/12, je ne l’avais pas jusqu’alors pris à bras le corps.
La clef de ce personnage, et de l’histoire finalement, c’est un homme qui aurait passé sa vie à construire une maison, la maison de ses rêves, en oubliant qu’il faudrait y vivre un jour, et avec qui ?
Je m’aperçois qu’il m’est impossible d’écrire une histoire si le personnage qui la raconte n’a pas un interlocuteur pour l’écouter - ici, « l’homme au chien ». Cela signifie que je ne peux pas écrire de monologue intérieur, ni considérer le lecteur comme l’interlocuteur. Le récit est construit en circuit fermé.
Premier chapitre de la deuxième partie, l’histoire racontée par Jean.
Et sans doute suis-je dans les yeux de cet homme promenant son chien sur la digue, un de ces parisiens gagnant son beau pays tous les étés, le temps d’y accompagner femme et enfants, reconnaissable à sa voiture.
Et s’il est un peu curieux, il s’arrêtera dans sa promenade pour regarder ce parisien matinal, dont la présence hors saison pose question.
Peut-être nous connaissons-nous. Peut-être, enfant, avons-nous joué ensemble sur la plage, tapant dans le même ballon, avant que nos différences nous éloignent tout à fait. Lui à un bout de la plage, moi du côté des villas.
Et s’il lève la tête dans cette direction, il verra que l’une d’elle est ouverte au niveau du rez-de-chaussée, que le grand volet de la baie vitrée est levé et la grille donnant accès à la plage, tirée.
Sans doute avons-nous le même âge, quoique dix années semblent nous séparer, m’attardant pour ma part autour de la cinquantaine et lui flirtant déjà avec les soixante qu’il a attendus d’avoir toute sa vie pour en finir au plus vite.
Mais il ne connaît pas mon nom. Je serai toujours pour lui « un parisien qui se tenait là, debout, à regarder la mer, pieds nus dans le sable », évoquant confusément une publicité pour un parfum, quand le temps semble suspendu autour d’un homme vêtu de lin clair qui ne semble jamais devoir vieillir.
Oui, c’est comme ça qu’il parlera de moi en ouvrant son journal régional qui titrera peut-être, selon la formule consacrée aux faits divers « Hier matin, un homme de cinquante-quatre ans a trouvé la mort ».
Pour connaître mon nom, il devra acheter Les Echos, ou le supplément économique du Figaro qui parleront forcément de ma disparition, me décrivant comme le patron dynamique du premier fonds d’investissement français dont la plus belle réussite avait été, il y a quelques jours à peine, le rachat du géant mondial de la chaussure, CPA, pour la coquette somme de 221 millions d’euros.
Assurément, s’il lisait cet article, l’homme dont le chien tire sur la laisse maintenant tâcherait de mieux se souvenir de moi, de ma silhouette main dans les poches, quand je me suis retourné vers l’horloge du Grand Hôtel, et que nos regards se sont croisés de loin, d’une manière incertaine et qu’il m’a fait un signe de la tête.
Et là, il regrettera de ne pas être venu me parler, de ne pas s’être approché de celui que la presse surnomme le « Playboy du leverage buy out », parce que j’ai été le premier à comprendre en France que les entreprises ne voulaient plus être cotées et qu’il fallait trouver des financements ailleurs.
Alors il aurait baissé les yeux, disant qu’il ne comprend pas ce que je lui dis, mais il m’aurait demandé de continuer, pour le seul plaisir d’entendre parler un homme exceptionnel, sans doute, dans son esprit, lui qui n’aura jamais été capable d’affronter son patron pour lui réclamer un peu plus d’argent par an, une prime de deux cents euros lui aurait suffit.
Alors j’aurais parlé par images. J’aurais dit « Si vous voulez, ça revient à acheter un appartement, et à faire payer le crédit par vos locataires. Vous voyez ce que je veux dire ? »
Pas très bien, m’aurait-il répondu. Mais ce n’est pas grave. Racontez-moi ! Racontez-moi encore, dites-moi où ça s’est passé, avec qui, comment avez-vous fait ?
Alors j’aurais parlé du jour de la signature, parce que le reste aurait été trop technique, évoquant le Sofitel près de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle comme une barre HLM, ce qui l’aurait fait rire, « Vous plaisantez ? », du luxe intérieur, du marbre et du bois.
Et de cette réunion secrète, forcément secrète, de peur que les syndicats ne viennent la troubler, enregistrée sous un faux nom, Monsieur Lambert, mon nom de scène, quand l’hôtesse me mène au Penthouse, sans questions inutiles ni bavardages, seulement quelques expressions polies qu’on n’entend plus, à force, « Si vous voulez bien me suivre Monsieur Lambert ».
Et ce lieu sublime qui se dévoile devant soi comme dans un théâtre, le rideau qui s’ouvre sur le ballet des avions sans autre bruit que la soufflerie légère du rétroprojecteur, parce que l’on sait que le vendeur est un fou d’aviation et que ce sont ces petites attentions qui font la différence.
Maintenant, l’homme au chien voudrait savoir combien ça coûte. Son obsession, connaître le prix des choses pour les ramener à son échelle, savoir quels sont les usages chez les patrons, quand le sien refuse de payer pour un local. Et il aurait avancé une somme : deux cents euros, le prix maximum qu’il envisagerait de mettre dans une salle de réunion, où les fauteuils crème sont en cuir et les verres, du cristal.
Mais je n’aurais pas su quoi lui répondre, délégant ce genre de choses à mon Directeur opérationnel, « Pierre Robocop », toujours très efficace dans ses actions… Quoiqu’un peu rigide aux jointures.
Et l’homme aurait imaginé, en regardant notre villa, la famille rassemblée en clan autour d’hommes faits de métal, dont la charge est de rentabiliser les entreprises, quel qu’en soit le coût humain.
Et lui, désirant le temps d’une conversation au moins, se mettre à ma place au milieu des autres, en chef de famille et d’entreprise, ressentir cette impression de distance aux choses et aux êtres que donne l’argent, monter dans la voiture à la place du conducteur, ou même du passager, abandonner ses angoisses d’homme immobile, presque mort, déjà, il m’aurait dit en fermant les yeux :
- Je sais ce que vous avez ressenti à ce moment-là, au moment de la signature, entouré de ces hommes comme vous, au dernier étage d’un hôtel de luxe, surplombant un aéroport, au-dessus de tout et des autres.
- Dites-moi.
- Vous vous êtes crû immortel. N’est-ce pas ?
10:43 Publié dans Jean | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog littéraire, récit, écriture, roman
10.01.2007
Alexis en avatar de son père
L’une des fonctions intéressantes de ce blog, je le découvre avec du recul, est peut-être de m’obliger à être sûr de mon texte si je veux le publier ici. C’est un outil de prébublication.
Je sais qu’il va être lu, peut-être critiqué, donc, si je le publie, c’est que je suis sûr de moi, et donc que le texte tient la route – même s’il n’est pas à l’abri de la critique, bien sûr.
Dans le texte qui suit, Alexis avoue à son père qu’il était présent, lui aussi, dans cette boite et il se trouve des points communs avec lui.
Le texte a plusieurs fonctions. L’une consiste à raconter ce qui s’est passé ce soir là, fonction purement narrative qui ne m’intéresse pas tellement mais qui est obligatoire pour que le lecteur parvienne à reconstituer le puzzle.
L’autre me permet de traiter à la fois de la psychologie d’Alexis, mais également, par défaut, de dresser un portait de Jean en ce que ses enfants ont tous un peu de lui. Cela me permet de dire qui est Jean, de justifier ses actes sans nécessairement passer par lui.
Et pour me contredire, je ne suis pas tout à fait sûr de moi sur ce texte, un peu ordinaire, mais c’est la personnalité d’Alexis qui veut ça aussi.
Je ne suis décidemment pas très à l’aise lorsqu’il s’agit de raconter des personnages en mouvement. Je les préfère enfermés dans une pièce, ou un lieu unique afin d’avoir l’esprit libre pour explorer leurs interactions.
Pour autant, ce n’est pas du théâtre, il n’y a pas de dialogues.
Alexis
Parce qu’un fils gagne toujours sur son père, du seul fait que l’un meurt avant l’autre, à moins qu’il n’ait laissé derrière lui un tel merdier que ses enfants doivent longtemps après utiliser la pelle et la pioche pour déblayer tout ça.
Mais ce n’est pas notre cas papa, n’est-ce pas ? Toi qui as pris soin de bien tout régler avant ton départ. Pierre m’a expliqué, pour le big deal, bravo ! Quel magnifique ultime cadeau tu nous as fait là !
Mais autant te prévenir mon cher père, je crois que je m’apprête à cracher dans la soupe, vois-tu ? Parce que j’ai de quoi t’éclabousser : je tiens entre mes mains un pavé à jeter dans la mare avec l’assurance de faire des vagues. Reste à savoir quand la balancer, la caillasse
Et pourquoi pas maintenant ?
Je sors de ton bureau, je fais ting ting sur mon verre et je dis : « Mesdames et Messieurs, s’il vous plait, j’ai une communication importante à vous faire sur mon père ! »
On devrait faire comme à mon mariage, passer des diapos. Parce que ce ne sont pas les photos qui manquent, n’est-ce pas ? Grâce en soit rendue à Camille !
Il y en a une qui lui a échappé quand même, mais pas à moi, qui l’ai là, dans la tête. C’est même un petit film, mais en caméra cachée alors, parce que je n’étais pas censé être là. Toi non plus d’ailleurs.
Ça m’a fait un choc de te voir au Boobies. Tu étais vraiment la dernière personne à qui je m’attendais.
D’abord, j’ai eu cette espèce de réflexe idiot de me cacher, comme si tu allais me disputer. Un réflexe d’enfant battu, ou d’homme marié à une catholique, d’homme marié tout court. Je me suis presque couché sur le bar, comme un militaire qui rampe au sol, ce qui a fait marrer la fille qui était avec moi, « Mais qu’est-ce que tu fous comme ça, idiot ?», me donnant des tapes sur le coude. Je lui ai fait fermer sa gueule, vu que c’est moi qui lui payais à boire.
Mais tu connais ça par cœur, je vous ai vu y aller franco sur le champagne.
Je n’ai pas su quoi faire. D’un côté, il y avait ce sentiment, comme si quelqu’un m’avait baissé mon pantalon devant toi. Et de l’autre… Je me suis senti soulagé de voir qu’on était pareils tous les deux, faits du même bois, de la même chaire en l’occurrence, qu’on pouvait être quelqu’un comme toi et ne pas avoir grandi dans sa tête, ce que n’arrête pas de me rabâcher Amélie, « Tu es immature Alexis ». Il aurait fallu qu’elle nous voie là tous les deux. Toi, avec cette fille presque sur les genoux, à deux doigts de lui rouler une pelle, posant ton fric sur la table, lui pelotant les seins mine de rien. Et moi avec mes deux copines, une dans chaque bras. Alors elle aurait vu ce que c’est que deux hommes, les seuls hommes de la famille. Parce que Pierre est asexué, et Guillaume, on n’en parlera pas.
En te voyant, j’ai imaginé ce que je serai dans vingt ans, me disant que pour toi c’était pareil, qu’en me regardant, tu te revoyais à mon âge.
Qu’est-ce qui te déplaisais chez moi ? Qu’est-ce que tu n’aimais pas voir ?
Est-ce que tu aurais voulu être quelqu’un d’autre quand, pour toi, tout était terminé, plié, posé sur des rails, jusqu’à la fin de ta vie ?
Est-ce que tu voulais m’éviter cela, finir assis dans un bar à putes le lendemain de ton anniversaire familial ?
Si tu veux me répondre maintenant, papa, quand ton âme flotte encore au-dessus de la maison, c’est le moment. Mais sois gentil, ne passe pas par Amélie, autant lui épargner ça. C’est une femme, elle ne comprendrait pas. Ça la désolerait.
Pour rester pragmatique, tu me bloquais la sortie. J’avais peur de passer devant vous et que tu me voies. Il a fallu attendre que vous sortiez.
Évidemment, quand je t’ai vu sur le trottoir avec la fille, je vous ai suivis, votre petite ballade nocturne, à pied, jusqu’à l’hôtel.
Tu sais quoi ? J’ai crû que tu allais en ressortir, que tu l’avais accompagnée par galanterie. Je n’ai pas imaginé une seule seconde que tu puisses découcher.
Mais tu n’es pas ressorti. Tu as passé la nuit avec cette fille.
Quel homme, quel homme !
Le lendemain, j’ai appelé maman dès huit heures, mais elle m’a menti, disant que tu étais déjà parti. Pierre m’a dit le contraire, que tu n’étais pas arrivé.
Alors je suis allé te chercher, mais ce n’est pas toi que j’ai trouvé, seulement la fille.
Et j’ai fait en sorte qu’elle te quitte sur le champ.
11:09 Publié dans Alexis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog littéraire, récit, écriture, roman, structures narratives
05.01.2007
Alexis, Camille
Il semblerait que la structure du récit prenne une forme d’haltère avec en ouverture et en conclusion, deux gros morceaux, très denses racontés à plusieurs voix, le tout relié par un élément central à une seule voix, celle de Jean qui assure la stabilité de l’ensemble.
On a ainsi une première partie qui se passe le jour de l’anniversaire de Jean, puis une nuit avec lui et enfin, quelques heures pour son inhumation.
Voici le texte de la relation entre Camille et Alexis, le tout très resserré pour quitter l’anecdotique et parler de qui est Camille, prisonnière d’une vie et d’une image qu’elle contribue elle-même à diffuser.
A comparer avec la précédente version.
Camille
Vous ne deviez pas mourir si vite, pas ce jour-là, dans une coïncidence des calendriers qui n’était pas due au hasard, mais à autre chose.
Parce que c’est précisément ce jour, oui, que j’ai décidé de tromper Pierre, prenant Alexis comme amant, ce jour même où vous avez disparu, mais nous n’en savions rien, comme s’il m’était impossible de vivre une autre vie que celle-ci, qu’il n’y en avait qu’une, et qu’elle durerait toujours.
Sophie a fait agrandir la photo que j’avais prise de nous tous, le jour de votre anniversaire, quand vous posez en capitaine. C’est une jolie photo. Et puis c’est la dernière.
Vous êtes parti avec notre secret. Ce jour qui a été le plus important de ma vie de femme, quand je n’étais plus la Camille que les gens attendent, parlant fort, m’occupant des autres, mère parfaite, belle épouse, mais femme amoureuse désormais, qui veut faire l’amour, aimer et être aimée en retour, comme dans la chanson qui dit que c’est la plus belle chose au monde.
Je ne sais pas, je ne saurai jamais.
Quand Alexis m’envoie un texto, avec une adresse, qu'on s’y retrouve et qu'il me dit ce jour-là, presque gêné comme un petit garçon : « C’est l’appartement d’un ami… J’espère que tu ne vas pas croire que… Enfin, pour moi, c’est la première fois ! ». Et qu’il me prend la main dans une impasse fleurie près de Montmartre, pour m’emmener sous les toits, dans un petit nid d’amour, un atelier d’artiste, baigné de lumière, comme si jamais rien ne pouvait être fait de mal dans la lumière.
Et moi si heureuse d’être là, loin de la colère, de l’adultère et du mensonge, si heureuse d’être là que je demande à Alexis : « Tu veux que je danse ? Que je dans pour toi ? », me déshabillant en effeuilleuse, sentant que tous les sacrifices auxquels j’avais consenti, obscurément, sans le savoir, c’était pour ce moment-là, où il me prend dans ses bras, où il m’embrasse, oh ce baiser !, comme si je n’avais jamais été embrassée de ma vie !, et qu’il me caresse…
Et puis sa bouche qui n’en reste pas là, une bouche qui n’est pas faite pour embrasser seulement, mais pour dévorer, comme l’ogre des contes, mon cou, mes lèvres, mes seins, jusqu’au ventre, jusqu’au sexe, quand il s’arrête tout à coup, qu’il se décolle de moi quand nous ne faisions qu’un, mon corps avec sa bouche, et qu’il tombe à côté de moi dans le lit comme le font les hommes après qu’ils ont fait l’amour, comme le fait Pierre, si bien que j’imagine tout et n’importe quoi, que quelqu’un est entré, qu’Alexis… je ne sais pas, je n’ose rien dire, ni le regarder et alors ce silence entre nous, moi souriante, figée et lui à côté immobile, peut-être qu’il a une panne, peut-être…
- Ça ne va pas Alexis ?
Et il a cette réponse qui me transperce :
- Ta cicatrice Camille !
Parce qu’Alexandre est né par césarienne, quand tout le monde était en vacances, que le médecin n’a voulu prendre aucun risque, lui qui devait partir aussi, ses valises étaient prêtes. Alors il m’a ouvert le ventre, moi qui n’avais pas une seule cicatrice, pas même le BCG, ou une chute de vélo laissant une trace sur le genou, rien. Il m’a ouvert le ventre pour sortir Alexandre qui se présentait mal, la faute à pas de chance, ou bien ma faute à moi, qui n’ai pas été une vraie femme, incapable de faire sortir un enfant naturellement, je veux dire comme Amélie.
Alors ce mensonge ensuite, qui est devenu une vérité pour Pierre, pour moi, pour Alexandre, pour le monde entier.
Et cette panique face à Alexis, cette impression d’avoir été prise en faute, la vérité mise à nue, ce corps que j’ai cru enfin pouvoir aimer, quand je dansais pour lui, je l’ai recouvert avec le drap et j’ai répondu :
- Tu ne lui diras pas, n’est-ce pas, à Amélie, pour la césarienne ? Personne n’est au courant. C’est un secret ! Il ne faut rien dire !
Et cet homme qui était couché à côté de moi, qui m’avait touché avec ses doigts, ses mains et son sexe, cet homme a répondu :
- Je ne peux pas. Je ne peux pas te faire l’amour. Cette cicatrice…. C’est comme si tes enfants étaient là. Tu comprends ? Avec nous, dans le lit. Et tu vois, ce n’est vraiment pas ce que j’ai besoin, Camille, pas d’une mère mais d’une femme. Tu comprends ? Je suis sûr que tu me comprends, Camille !
10:35 Publié dans Camille | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog littéraire, récit, écriture, roman, césarienne
03.10.2006
Fin de la troisième version
Voilà, la troisième version du récit a été envoyée pour lecture chez Robert Laffont.
Petit bilan des modifications :
- Tous les personnages s’adressent à Jean
- Sophie et Guillaume sont utilisés comme liants dans la description « opérationnelle » de la journée
- Apparition d’un chapitre consacré à Amélie
- Apparition d’une introduction au récit
- Déplacement du récit de la rencontre Jean / Sophie en fin de journée
- Réorganisation des interventions
- Déplacement et appauvrissement de la scène du cimetière, prélude à la rencontre entre Jean et Camille
- Personnification des manières de parler propres à chaque intervenant
- Disparition de certaines scènes secondaires, dont le conflit Camille / Pierre dans la salle de bains
- L’action ne se déroule plus sur 3 mais 2 jours.
Le premier chapitre:
Lundi 22 juin
Sophie
Parce que c’était mon rôle d’épouse et de mère de te défendre et de rassurer tes enfants, disant qu’il y avait forcément une explication à ton geste qui nous apparaîtrait avec le temps, il fallait du temps, avoir le recul nécessaire pour ne pas nous lancer au hasard des reproches et de la colère, des choses dites et regrettées aussitôt.
- Ah mais moi, a répondu Pierre, je ne regrette pas une seule seconde tout ce qui vient d’être dit, qui n’est que la vérité. Et tout le monde est d’accord ici, j’en suis sûr, même toi.
Il avait raison. Tout le monde était d’accord, même moi.
- Pierre, lui ai-je répondu. Je ne te permets pas de parler de ton père ainsi !
Guillaume a pris la relève :
- Ok, très bien maman. Dis nous ce qu’il faut en penser alors ? Est-ce que papa t’a parlé ? Est-ce qu’il t’a appelé ? Puisqu’il ne nous a rien laissé, à nous, est-ce qu’il a laissé quelque chose, un mot ? Dis nous ! On est tous là à t’écouter.
Ils étaient là, assis face à moi, nos trois garçons, réunis, parlant d’une seule voix pour la première fois.
J’ai menti, pas pour te défendre cette fois-ci, mais par orgueil, répondant « Oui, votre père m’a laissé une lettre ».
- Oh vraiment ? a continué Guillaume. Qu’est-ce qu’il dit ? Tu peux nous la lire ou bien c’est comme toujours, top confidentiel ?
Tu sais quelle femme je suis, Jean, qui déteste tellement les conflits. J’étais désemparée. Et pourtant ! Ces mots qu’il ne fallait pas dire, parce qu’ils l’étaient sous l’emprise de la colère, je les ai dit :
- Qu’est-ce que vous connaissez de votre père ? Vous le jugez, mais vous ne savez rien ! Depuis qu’on est arrivé, je n’entends que des paroles terribles. D’abord ça a été votre père, puis Gabriel, et c’est mon tour maintenant ! Pierre, Alexis, Guillaume, qui croyez-vous être ? Pour qui vous prenez-vous ?
- Tes enfants, a répondu Guillaume. Juste tes enfants, si ça veut dire quelque chose pour toi !
Je n’ai pas su quoi répondre. Amélie est intervenue, demandant :
- Arrêtons là. S’il vous plait. Il est presque quatre heures. Tout le monde est extenué. Allons nous coucher et reparlons de tout ça demain matin.
Pierre est resté, sous le prétexte de ne pas me laisser seule, ne parvenant pas à décolérer, répétant sans arrêt « Quand je pense qu’hier encore… ».
Je lui ai demandé de me laisser maintenant, parce qu’il serait certainement plus utile en forme demain, qu’en colère cette nuit. Il m’a demandé « Es-tu sûre maman ? Es-tu sûre ? ». Et puis aussi, au moment de monter :
- Il n’y avait pas de lettre, n’est-ce pas ?
Pas de lettre, pas de mot, pas d’appel. Rien.
Seule, j’ai ouvert les fenêtres pour respirer et l’air de la mer m’a calmée.
Tout en bas, sur la plage, j’ai aperçu la silhouette de Gabriel qui t’attendait, assis à même le sable, le menton posé sur les genoux, me donnant presque mauvaise conscience de ne pas être à ses côtés. Que lui avais-tu dit ? Que savait-il de plus que moi ?
Je suis montée pour m’allonger un peu, laissant derrière moi une lumière pour ton retour et celui de Gabriel.
A l’étage, la chambre de Guillaume était allumée. J’ai frappé et je les ai trouvés là, tous les trois, Alexis à la fenêtre, Guillaume allongé sur le lit et Pierre, debout, passant en revue ces deux jours, disant :
- C’est du n’importe quoi ! Avec le fric qu’il y avait à la clef ! Je n’y crois pas une seule seconde.
Ils se sont tus en m’entendant.
J’ai refermé la porte, regagnant ma chambre, je me suis étendue sur le lit et j’ai éteint la lumière.
J’étais seule, sans plus rien à protéger, ni à sauver. Maintenant, c’était entre toi et moi que ça se passait.
Alors je me suis adressée à toi, mon mari depuis trente ans, te demandant :
- Comment, Jean, comment as-tu pu ?
10:12 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blog littéraire, récit, écriture, roman
